Leur venue se préparait depuis plusieurs mois, par échanges d'emails entre leur présidente et les deux Christine de la Gearbaude. Depuis le matin de ce samedi des membres de la Gearbaude s'activent pour décorer les salles, installer la sono, préparer les boissons, etc. Christine et moi arrivons en début d'après-midi. J'aide à placer les tables et les chaises tandis que Christine apporte des affiches de l'Auvergne et du Berry, obtenues auprès des offices de tourisme. L'arrivée des Auvergnats est prévue à 15h00 et nous voyons le car se garer à cette heure précise. Tous les membres de la Gearbaude sont sur le trottoir pour les accueillir. Tout de suite le courant passe bien : embrassades, poignées de main, tutoiement, éclats de rire, je sens que le courant va bien passer entre nos deux groupes. Tout le monde pénètre dans la salle des fêtes pour un pot de bienvenue. Chaque présidente dit quelques mots pendant que les gens se mélangent et font connaissance les uns avec les autres. Puis nos invités sont répartis dans les famille d'accueil et rendez-vous est donné devant la maison de la culture pour une visite pédestre de Bourges tous ensemble.

Le soleil brille, le temps est idéal pour une promenade dans les rues. Le temps d'attendre les retardataires et notre groupe se dirige vers la cathédrale via le jardin de l'archevêché. Très vite je me joins à deux amis de la Gearbaude et à un couple des Danseurs Brayauds, Jean, violoniste et Claude, accordéoniste. Jean m'explique qu'il est l'un des deux fondateurs du groupe originel, les Brayauds, encore actifs au sein des Danseurs Brayauds. Ce dernier groupe est issu du premier, lorsqu'un désaccord est apparu entre danseurs et musiciens. Je joue le guide avec plaisir, toujours heureux de faire découvrir ma ville et ses merveilles, et de partager mes connaissances. J'insiste sur des points de détail que je connais bien, parfois amusants, comme la paire de fesses en haut d'un pilier à l'extérieur de la cathédrale. Notre promenade est passionnante, le couple est curieux, s'intéresse à tout ce que nous visitons et pose parfois des questions auxquelles je ne sais pas (encore) répondre ! Tout le monde se retrouve sur le parvis de la cathédrale pour une photo de groupe et nous finissons la visite tous ensemble.

Ensuite chacun rentre chez soi avec ses invités pour le repas du soir. Joël nous offre d'excellents petits gâteaux et André un Saint-Nectaire au lait cru, un régal. La soirée se passe à discuter et à faire connaissance. Puis nous retournons à Marmagne pour notre bal privé, entre nous. Les musiciens s'installent sur la scène et commencent à jouer. Solène est venue jouer exceptionnellement, c'est sympa. Nous nous mélangeons aux Danseurs Brayauds pour danser et nous constatons très vite que notre folklore et le leur sont très proches. Les bourrées sont similaires et ils connaissent toutes les danses qui sont jouées. La différence principale vient des bras, qui sont utilisés dans certaines bourrées en Auvergne mais pas chez nous. En fin de soirée les Danseurs Brayauds nous apprennent quelques danses typiques de chez eux, dont la montagnarde, une bourrée de mariage par couples, très jolie. A minuit le bal s'arrête, nous disposons les tables pour le lendemain et tout le monde va se coucher.

Dimanche nous sommes levés avant nos invités. Après le petit déjeuner chacun revêt son costume traditionnel. Celui des Danseurs Brayauds est superbe : brayes, chemise blanche à grand col, gilet sans manche, guêtres, chapeau à bord immense et surtout sabots de bois. Sous une large ceinture de cuir sont glissés plusieurs accessoires : un grand mouchoir à carreaux, une bourse en cuir et un taste-vin (appelé « tassou » en Auvergne). La chemise est fermée par une grosse broche métallique décorée, la fibule. Nous sommes les premiers devant la salle de Marmagne. Petit à petit tous les membres des deux groupes arrivent, y compris la famille venue à Marmagne en camping-car. Nous découvrons les costumes des femmes brayaudes : longue robe colorée, tablier blanc à grandes poches, fichu triangulaire non croisé devant, sabots et coiffe traditionnelle. Celle-ci est composée d'un bonnet finement plissée, entouré d'un cordon de dentelle et prolongée par deux longs pans unis, retenus par des épingles nacrées. Deux petites filles sont également costumées, de façon plus simple, mais portent aussi les sabots. Les plus frileux portent un manteau court en laine écrue, les plus frileuses portent un long châle à franges, en laine également.

Quand tout le monde est prêt un cortège se forme et nous défilons jusqu'à la place de la gare. Je ne me mêle pas au cortège pour pouvoir prendre des photos. Notre invité, Joël, porte la bannière du groupe devant lui. Sur la place chaque groupe effectue quelques danses, au son des instruments de ses propres musiciens. Puis le cortège se dirige vers la place de l'église. Là je demande au chauffeur du bus s'il accepte de prendre des photos. Ainsi je peux aussi danser un peu. Après quelques danses en couple, une grande bourrée des dindes se forme autour de la fontaine, c'est super. Le chauffeur, juché sur la margelle de la fontaine, nous mitraille à qui mieux mieux. Je demande ensuite à faire des photos de groupe, afin de mettre à jour nos documents publicitaires. Des photos des deux groupes mélangés sont prises, puis de chaque groupe séparément.

Il est 11h40, c'est déjà l'heure de l'apéritif offert aux habitants, dans la petite salle non loin de la salle des fêtes. Chacune de nos présidentes fait un petit discours et offre un cadeau à l'autre. Le maire n'a pas pu se déplacer, au contraire du conseiller général du Cher Yvon Beuchon. L'ambiance est bonne, les blagues fusent et les taste-vins sont utilisés, aussi bien par les hommes que par les femmes.

Avant de nous rendre à la salle du déjeuner, je demande à mon assistant photographe de prendre un cliché de nos invités, André et Joël, avec Christine et moi. Puis le groupe se dirige vers le chalet, où se déroulera le déjeuner. Celui-ci est copieux et rapidement servi par deux jeunes femmes : salade berrichonne, coq au vin, pommes à l'eau, assiette de fromages et succulent gâteau au chocolat, le tout suivi d'un café. Tout se passe dans la bonne humeur et la convivialité.

Comme tout s'est déroulé rapidement nous sommes de retour à la salle des fêtes une bonne heure avant l'ouverture des portes. Du coup chaque groupe répète quelques danses. Nous entendons pour la première fois le bruit des sabots des Danseurs Brayauds, c'est étonnant. Dès 15h30 le public entre dans la salle mais de façon clairsemée. Je suis un peu inquiet sur l'affluence... A 15h45 La Gearbaude commence le spectacle, le temps que la salle se remplisse. Nous dansons environ vingt minutes, avant de laisser la place aux Danseurs Brayauds. Leurs danses rythmées par les sabots, qui claquent sur le plancher de la salle, font forte impression. Moi j'aime bien. Les femmes dansent une bourrée uniquement au son des sabots, c'est très joli. Un peu comme notre bourrée des grandes poteries et sa muette. A la fin de leur partie dansée, Jean, le violoniste, présente le costume des hommes. Il s'agit d'un costume de vigneron2 d'une toute petite région d'Auvergne3, datant d'avant 1860. Il décrit chaque pièce de vêtement et chaque accessoire.

Ensuite nous revenons sur scène pour laisser souffler les Danseurs Brayauds et ceux-ci terminent l'après-midi par une autre suite de danses. C'est ensuite au tour des costumes féminins d'être présentés. Costume de travail, costume du dimanche et de fête (ou costume « à manger de la viande »4) et costume des fillettes, jupons compris. Pour terminer les Danseurs Brayauds et la Gearbaude dansent ensemble la bourrée endiablée nommée la montagnarde. C'est maintenant l'heure du goûter : fromage blanc, assaisonnement et herbes fines. De nombreux spectateurs partent après avoir mangé. Pour ceux qui restent nos musiciens s'installent sur la scène et entament le bal folk. C'est amusant de voir les danseurs en costume se mélanger au public pour danser. Petit à petit la salle se vide et ne restent que les irréductibles des bals folks, que nous connaissons du reste presque tous.

A 19h00 le bal se termine, tous les spectateurs s'en vont et nous préparons la salle pour le repas froid du soir. Le repas, bien que rapide, est très convivial. Nous reparlons beaucoup de ces deux jours très agréables. Nous prenons des contacts car le courant est bien passé entre certains d'entre nous, et l'Auvergne n'est pas loin, à peine à deux heures d'autoroute. A 22h00 les Auvergnats s'en vont un peu précipitamment à cause des contraintes draconiennes dues aux horaires du chauffeur. Quand ils sont partis nous rangeons et nettoyons la salle comme d'habitude et rentrons nous coucher vers minuit. Je souhaite vraiment qu'on se revoir à l'avenir.

1 Goûter berrichon traditionnellement composé de fromagée et gâteaux.

2 Les vignerons de Châtel-Guyon et des communes avoisinantes ont été appelés ainsi par les bourgeois de Riom, capitale du Grand Duché d'Auvergne, car ils ont longtemps refusé de se « pantaloner » : ils voulaient conserver leurs brayes démesurées plutôt que de mettre un pantalon.

3 Le pays brayaud regroupe sept communes : Châtel-Guyon, Saint-Bonnet-près-Riom, Yssac-la-Tourette, Gimeaux, Davayat, Prompsat et Teilhède.

4 Costume porté le dimanche et dans les grandes occasions par des femmes fortunées qui pouvaient se permettre d'acheter de la viande ces jours-là.