J'ai découvert cet album absolument par hasard, en laissant mes oreilles divaguer au gré d'Internet. Et j'ai pris une claque comme jamais depuis vingt ans ! Fleuron de la musique électronique progressive actuelle, Callisto regroupe deux artistes très prolifiques de la scène anglo-saxonne, David Wright et Dave Massey. Auteurs à eux deux de plus de trente albums solo, ils ont eu envie en 2003 de créer ensemble. David Wright possède son propre groupe, Code Indigo, et Dave Massey est le fondateur du label AD Records.

"Signal To The Stars" est un disque atypique, pas du tout dans la mouvance musicale actuelle. Chaque morceau dure entre cinq et dix-neuf minutes. On pense immanquablement aux pionniers comme Klaus Schulze ou Tangerine Dream, mais aussi à Mike Oldfield, avec son album "The song of Distant Earth". C'est le genre de musique que j'aimerais écouter éternellement, elle m'apporte la joie et l'apaisement, sentiments peu courants ces temps-ci.

Plutôt que d'essayer de raconter l'album, je reproduis ici une excellente critique, exhaustive et poétique. Elle est due à la plume de Phaedream, alias Sylvain Lupari, chroniqueur canadien :

AD Music recèle de petites perles que l’on a intérêts à découvrir. Signal to the Stars de Callisto en est une. Pourtant rien n’indiquait que c’était un pur joyau musical que j’insérais dans mon lecteur. Après une 1ière écoute, j’étais perplexe. Peut-être que je filais sensible… Donc je reportais une autre écoute à plus tard. Autre écoute, même résultat. Jusqu’à ce que je réalise qu’effectivement j’avais un petit bijou dans les mains. Signal to the Stars de Callisto est un chef d’œuvre d’harmonie, de mélodie dans un monde cosmique complexe, aux intonations et modulations aussi étonnantes que percutantes. C’est de loin que l’on entend les tintements statiques de Sycorax. Une pulsation basse fait écho dans une sphère où toute sonorité laisse une trace d’écho. Complexe et inégale un rythme se forme autour d’un fin clavier qui fait dandiner une série de notes mélodieuses. Un fin mouvement hypnotique, qui croise de superbes percussions éparses, se forme parmi des stries filantes. D’autres strates plus denses, dont les réverbérations occultent une mélodie, enveloppent Sycorax d’un rythme embryonnaire qui prend forme sur des percussions soutenues et un synthé mélodieux symphonique. De superbes solos de synthé inondent cette mélodie qui se réfugie doucement dans la tranquillité de la 2ième partie. Une brève tranquillité. Les striures synthétiques reprennent leurs envolées sur de superbes solos, longs et vrillants, sur le puissant tempo lent que les épaisses strates ont mobilisées en 1ière partie de Sycorax, qui s’éteint en décroissant.

Isophore Iosphere la sublime ! Une sublime mélodie forgée en 3 parties. Atonique, la 1ière partie souffle des parcelles d’harmonies qui sont suspendues dans un oasis de rêves. Suaves et chétives les notes se dandinent sur un synthé mielleux dont les sonorités percent notre mélancolie. Le mouvement intensifie sa tendresse sur un rythme qui va, diminuant vers la 2ième partie. Sur un synthé bredouille et pensif le troubadour cosmique accentue sa procession avec la 3ième partie. Le rythme devient constant sur un mouvement séquentiel ourlé de strates orchestrales et symphoniques pour s’éteindre dans les souffles perdus du synthé solitaire. Isophore Iosphere est l’une des plus belles pièces de musique que j’ai entendue. C’est plaisant de savoir qu’en 2006, il existe encore des artistes qui sont capable de nous faire vivre leurs émotions.

Seule Elara est une superbe mélodie qui accroche instantanément. Rythme léger, percussions nerveuses et structure synthé flûtée, c’est une charmante que l’on siffle sans savoir d’où elle sort.

Setisphere est un autre voyage cosmique fort mélodieux, construit en 3 épisodes. De belles notes voltigent avec romance dans une sphère isolée. De faibles battements se font entendre, la structure rythmique se forme autour d’un cercle harmonieux qu’une basse vient caresser de son tempo ondulant. Les souffles légers du synthé poussent des harmonies segmentées, que l’on devine superbe. Setisphere progresse, amassant toute l’énergie et les harmonies qui glanent ci et là pour devenir une sphère explosive aux rythmes circulaires hachurés par des percussions métalliques. Une fresque circulaire étonnante où une superbe séquence s’entortille sur des percussions solides et de superbes solos puissants, déchirants et sinueusement harmonieux. Il y a un bref moment de quiétude vers la fin de la 2ième partie. Et le rythme acéré reprend toute a dynastie harmonique. On y sent toute la démesure et la puissance retenue qui finalement explosent en un tourbillon d’une rare intensité. L’équivalent d’un gros à la Deep Purple, cerné par des strates envahissantes et mélodieuses. Un titre intense et puissant.

Naiad suit les bourdonnements de la finale de Setisphere sur un beau piano mélodieux. Un piano qui joue avec intensité sur une belle ligne de basse, dans une ambiance progressive où strates violonées donnent une profondeur harmonieuse à cette 1ière partie de Naiad. Un tempo hachuré encercle l’impulsion qui prend une forme soft techno sur des orchestrations synthétiques flottantes. Les percussions accélèrent le tempo de leurs caresses rythmiques, qu’un mouvement symphonique élève d’un cran supérieur. Les percussions claquent et voltigent sur un tempo ambivalent qui opte pour un rythme lent déchiré par un synthé aigu, qui lance ses strates enrobantes, ralentissant un mouvement qui s’éteint dans les pénombres harmonieux de cette fantastique épopée musicale.

Signal to the Stars de Callisto n’a aucune faille. Un opus intense où la mélodie côtoie la complexité des modulations, sans que l’on en perde une octave, une note. Un tour de force. Une œuvre majeure qui doit être découverte et qui doit prendre la place qui lui revient, soit entre Chariots of Fire et The Song of Distant Earth. Un chef d’œuvre qu’il faut découvrir.

PS : depuis j'ai découvert un groupe du même nom, Callisto, mais pas du tout du même style puisqu'ils sont Finlandais et jouent du rock gothique bien lourd