A la demande de Lingli, la journée commence par un autre film français, La vie est un long fleuve tranquille. Cette fois j'ajoute les sous-titres en français, uniquement pour son confort car elle ne perd rien des dialogues originaux.

En début d'après-midi elle ne tient plus en place et veut sortir se promener. Christine et moi choisissons de lui faire découvrir les marais. Il y fait un froid humide et glacial, et j'en reviendrai avec un rhume naissant. Au moment de reprendre la voiture, garée près du Caraqui, la route est bloquée par un accident : un automobiliste ivre a renversé et blessé une femme, avant de prendre la fuite. Les pompiers sont en intervention mais bloquent l'unique route en cul-de-sac.

Une fois rentrés à la maison, nous prenons un bon chocolat chaud et visionnons un autre film : Ridicule. Nous choisissons toujours des films non choquants pour Lingli, qui absorbe sans broncher les rares scènes qu'elle aurait désapprouvées il y a deux ans.

J'installe la langue chinoise sur le Windows de mon ordinateur pour que Lingli puisse plus facilement lire ses mails. C'est toujours un étonnement de la voir lire ces caractères chinois si étranges pour nous.

En fin d'après-midi nous allons faire des courses à Atac. Lingli a décidé de nous faire un repas chinois ce soir elle a besoin d'ingrédients particuliers. Elle ne trouve pas tout ce qu'elle souhaite, mais nous ramenons quand même du chou chinois, des champignons noirs, des poivrons et des épices. Par gentillesse elle me fait un plat spécial pour moi, à base de boeuf et de pommes de terre, et m'épargne les poivrons. Elle me rappelle néanmoins qu'il y a deux ans je ne m'étais pas douté que j'avais mangé des poivrons quand même ! Elle s'enferme presque deux heures dans la cuisine et nous offre encore une fois des plats délicieux. En particulier des raviolis chinois confectionnés à la main, succulents. Les baguettes sont toujours de rigueur.

La soirée se passe devant un autre film, 8 femmes. J'ai une incertitude concernant la scène où Fanny Ardant et Catherine Deneuve se roulent une pelle, mais Lingli ne bronche pas. Quand Christine et Solène sont couchées, Lingli et moi continuons à discuter à bâtons rompus. Elle me pose quelques questions existentielles, comme « As-tu peur de la mort ? » ou « Qu'est-ce que c'est le bonheur pour toi ? ». Nos réponses sont assez proches, mais teintées par notre culture respective. Par exemple je lui explique ma conception plutôt pessimiste de la vie, que je vois comme un cercle éternellement recommencé mais non comme une ligne droite. Pour elle, la vie est une spirale, c'est à dire un cercle aussi, mais qui évolue vers le haut. Intéressant. Nous abordons bien sûr une nouvelle fois les relations entre filles et garçons. Elle me fait des confidences qui montrent qu'elle a une totale confiance en moi, ça me touche. Toutes ces discussions intéressantes nous emmènent jusqu'à 3h00 du matin !

Le lendemain, c'est déjà le dernier jour avec Lingli. Quand celle-ci émerge il est presque 11h00. Toujours avide de grand air elle demande à faire du vélo. Cette fois c'est Solène qui se dévoue et les deux filles vont faire le tour du lac d'Auron. Quand elle rentre nous regardons un dernier film, étranger cette fois, Chevalier. Puis c'est déjà l'heure du départ. En deux temps trois mouvements Lingli se prépare une sorte de riz cantonnais avec tout ce qu'elle trouve dans le frigidaire. Christine l'accompagne et s'amuse de voir que Lingli troque les baguettes pour une cuillère, pour aller plus vite, alors qu'elle-même utilise des baguettes.

Nous partons enfin pour la gare. Le train est déjà à quai, Lingli peut s'installer à sa place réservée. Les adieux sont moins tristes qu'il y a deux ans car cette fois-ci nous sommes tous persuadés que nous allons nous revoir très vite, tellement l'envie de Lingli de revenir travailler en France est forte.

Tard le soir Lingli nous appelle pour nous dire qu'elle a fait bon voyage et qu'elle est bien arrivée.