J'ignorais tout de ce mini festival jusqu'à ce que l'administrateur de Faut Qu'Ça Bourges me contacte et me propose d'être accrédité comme photographe pour les deux soirées du festival, pour le journal gratuit Koikispass. Lui-même étant avec sa photographe à un autre festival en Vendée, la Septième vague, il n'a personne pour couvrir l'évènement. Eux et moi nous sommes croisés lors des showcases du dernier MaMA ainsi qu'à un concert au 22 d'Auron, et il connaît mon intérêt pour la photo ainsi que mes photos. Inutile de dire que j'accepte immédiatement, même si le style de musique, le rock garage, ne m'attire pas plus que ça. Mais l'occasion est trop belle pour la manquer. J'appelle donc l'organisatrice, Katia, qui me confirme qu'un laissez-passer m'attendra à la billetterie.

Normalement le festival commence la veille par un concert gratuit aux bar les Trois Petits Cochons mais je n'ai pas le courage d'y aller. Je me pointe donc le vendredi avec trente minutes d'avance à la billetterie. L'entrée se fait par le côté, au-dessus de l'Auron, et le hall principal est condamné et interdit d'accès. Je prends possession de mon badge marqué "Presse" (la classe !) et j'ai confirmation que je peux faire toutes les photos que je veux, où je veux. Après avoir échangé quelques propos délirants avec les trublions de Personal Charly O, j'entre découvrir les lieux. Je me sens seul car tout le monde est au bar extérieur et seuls quelques techniciens et organisateurs s'affairent dans la salle. La scène est prête, au fond se trouve un long comptoir de vente de disques, T-shirts et objets en tous genres autour du rock et à gauche un petit bar façon paillotte. Deux écrans géants sont disposés l'un au-dessus de la scène, l'autre au-dessus du stand de vente. Je consulte la liste des groupes : je n'en connais évidemment aucun. Avec une bonne demi-heure de retard le premier groupe lance la soirée, devant une salle presque vide : The Vegas. Je mets rapidement mes bouchons d'oreille car le ton est tout de suite donné : rock épuré, agressif, plutôt punk. Je partage le devant de la scène avec plusieurs photographes professionnels, qui ont apparemment autant de mal que moi à prendre de bonnes photos tellement l'éclairage est catastrophique. Seuls des spots accrochés au plafond, très haut, sont utilisés, à la verticale et en arrière des artistes, avec parfois des stroboscopes. Le visage des chanteurs est donc systématiquement dans l'ombre, ainsi que les musiciens sur les côtés. Il n'y a jamais d'éclairage frontal. Suivent The Fumestones, groupe espagnol bien allumé qui finit d'enflammer la salle. Pendant le changement de plateau, le public est invité à sortir et à écouter Sheriff Perkins. Installé seul dans le couloir avec une guitare et quelques percussions, il joue un rock très primitif à mon goût et d'un volume sonore décuplé par l'étroitesse du lieu. Je fuis assez vite. Avec The Giant Robots le ton est un poil plus cool, les habits nettement plus chic, la palette musicale un poil plus large, oscillant du rock basique à la pop. La présence de filles adoucit un peu la brutalité de la musique, mais à peine. J'avais déjà vu The Experimental Tropic Blues Band lors d'un showcase au dernier MaMA, toujours avec le même décalage entre le look classe du chanteur et sa rage hystérique au micro. La soirée sur scène se termine en douceur avec The Montesas, qui apaise la foule avec un rockabilly surf purement sixties, très classe, très agréable. "The Montesitas", deux hôtesses de l'air charmantes et délurées venues faire les choeurs sur la moitié des morceaux, y sont sans doute pour beaucoup. C'est de loin mon groupe préféré de la soirée. Le glissement vers la fin de la nuit se fait au son des platines de plusieurs DJs, c'est le moment où je m'éclipse, après m'être acheté un T-shirt souvenir du festival. J'ai une bonne surprise : je m'apprêtais à payer le prix affiché quand la vendeuse remarque mon badge et me dit que pour la presse le prix n'est que de cinq euros ! Cool ! Le parc Saint-Paul étant fermé, je dois faire le détour par la rampe Marceau et j'arrive à 2h00 à la maison, un tantinet fatigué.

Samedi je passe ma journée à lézarder sur le canapé, prenant des forces pour la seconde nuit. L'après-midi je vais à la dernière répétition du spectacle de Solène qui doit avoir lieu le soir. Je suis seul dans l'auditorium, c'est amusant. Il fait encore plus chaud ce soir, je retourne au palais d'Auron avec un simple T-shirt. La soirée commence bien avec le charme des six Pussydelic, trois chanteuses plus une ligne classique guitare/basse/batterie. Très féminines, très pros, leur musique, mi rock, mi soul, est jouée au cordeau avec une énergie qui n'a rien à envier aux mecs. Elles sont toutes de noir vêtues avec des souliers à taon rouges, sauf la bassiste, vilain petit canard électrique aux baskets ornées d'un drapeau anglais. Ensuite viennent les Suédois de The Movements, très attendus par le public. Emmenés par leur chanteur charismatique au chapeau, leur musique vient en droite ligne des sixties avec un grand détour par les seventies : dansante et âpre à la fois. Pas mal. La qualité continue de croître avec The Jim Jones Revue, quintet à la classe toute british mais bien allumé et vivant chaque note de musique. Leur son de guitare est saturé, leur chanteur est inspiré. Mais la folie vient du claviériste presque hystérique, qui joue un peu comme Little Richard, arc-bouté sur son clavier. Ce groupe a toutes les qualités pour exploser rapidement en dehors de salles confidentielles. Je me fais un plaisir attendu depuis des années : monter sur scène, dans la coulisse, pour photographier les artistes ! Enfin, juste avant les DJs, la soirée sur scène finit en apothéose avec Graham Day and the Gaolers. Vétéran de la scène rock, il joue un rock sixties magistral, sans esbroufe, mais avec une efficacité redoutable. La configuration sur scène est inhabituelle puisque la batterie est sur le devant de la scène, le batteur étant du coup presque aligné avec les deux guitaristes. Le public ne s'y trompe pas, le Palais d'Auron est plein comme un oeuf. Ce soir le retard est encore plus important et il est 2h45 passés lorsque je peux enfin prendre une douche et aller dormir.

Dimanche je fais le point des photos : j'en ai pris plus de 1000 mais à peine une quarantaine sont vraiment exploitables. Je les trie et les envoie rapidement à mon commanditaire. Normalement elles seront publiées dans le magazine Koikispass de juin et sur le site I Love Bourges. Si c'est le cas, je serai content.