Au départ je n'avais pas l'idée de suivre cette visite mais seulement d'aller écouter Solène, qui était embauchée pour jouer de la flûte en costume médiéval au cours du buffet offert aux visiteurs à la fin de la visite. Elle devait jouer avec Alain Gatay, des Amis d'Al. J'avais appelé le directeur de l'Office de Tourisme, que je connais bien, pour lui demander si je pouvais venir au moment du buffet. Mais du coup il m'a invité, avec Christine, à faire la visite complète.

Nous arrivons très en avance, l'horaire indiqué sur Internet étant faux. En attendant, nous nous asseyons sur un banc face à la cathédrale, pour observer les acteurs en costume médiéval se préparer. Car la visite est théâtralisée, i.e. plusieurs saynètes sont jouées pour illustrer le propos du guide conférencier. A l'heure dite, nous retrouvons le groupe de visiteurs ainsi que le directeur de l'Office de Tourisme, qui nous fait remettre gracieusement le macaron autocollant de la visite du jour. Le guide arrive le dernier et se présente d'une façon plutôt humoristique, sous le nom de Gilbert Duchemin. Le ton est donné, la visite sera sans doute didactique mais en aucun cas sérieuse, et certainement décalée avec ce guide excentrique. J'apprendrai plus tard que Gilbert Duchemin est le nom de scène de Christophe Gratias, guide conférencier des Monuments Historiques, travaillant habituellement aux archives de Bourges. La visite commence par un arrêt au bas des escaliers extérieurs, face au choeur de la cathédrale, où est jouée la première saynète avec les acteurs. J'apprends déjà quelque chose de nouveau sur "ma" cathédrale : le choeur a été achevé en premier en 1214 afin de pouvoir célébrer des offices, lesquels rapportaient des oboles, qui servaient à continuer la construction de l'édifice. La visite se poursuit par le portail sud, où, pendant que le guide continue l'histoire de Guillaume et de la cathédrale, a lieu un nouveau tableau vivant : le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et de Louis VII. Le guide nous explique la signification du Christ entouré des quatre vivants1, ou Tétramorphe, symbolisant les quatre évangélistes. Ce portail montre encore des traces de peinture, rappelant qu'au Moyen-Âge toutes les cathédrales étaient peintes de couleurs vives à l'extérieur.

Puis nous entrons dans la cathédrale, vide et silencieuse. Le guide nous emmène vers les plus anciens vitraux, au fond du choeur. Ces vitraux ont été payés par les grandes corporations de l'époque (maçons, charpentiers, pelletiers, bouchers, tonneliers, etc.) Chaque vitrail du XIIIème est signé en bas par une scène représentant chaque corporation.

Nous contournons ensuite le choeur pour faire un arrêt devant l'autel, où plusieurs scènes sont jouées encore. Je goûte avec bonheur l'atmosphère de ces moments : la cathédrale est sombre, elle n'est que pour nous, et le silence se fait plusieurs fois, c'est magique. Nous descendons ensuite dans la crypte, devant la sculpture de la mise au tombeau. Ici se joue la mort de Guillaume, qui n'aura pas vu la fin de la construction de "sa" cathédrale. Il sera canonisé très rapidement, en 1218, afin d'attirer les pèlerins, et surtout leur argent. Celui-ci alimentait la fabrique, personne morale gérée par des laïcs et encadrée par l'autorité épiscopale, qui gérait le financement de l'achèvement de la cathédrale.

Nous ressortons par le portail ouest, où le guide nous abreuve toujours d'informations, dont plusieurs que j'ignorais encore. Et nous assistons à la dernière scène jouée, magnifique, mêlant des pleurants (debout dans les niches vides) et une gargouille superbe, avec prothèses et maquillage. La visite se termine dans les jardins du presbytère, derrière la grange des dîmes, normalement interdits au public. Là nous attendent tous les acteurs, encore en costume, autour d'un buffet, au son des instruments de Solène et d'Alain. Le buffet st excellent, il nous servira de dîner. Je continue à prendre des photos, profitant d'un angle de vue inhabituel sur la cathédrale.

Je me présente à Nicolas, responsable de la communication à l'Office de Tourisme, qui jouait le roi Louis VII. Il s'avère que mon nom est déjà connu, grâce à mes photos et à mon site sur le Printemps de Bourges. Je lui offre mes photos, prises ce soir, qu'il accepte bien volontiers. Nous discutons d'éventuelles collaborations ponctuelles autour de photographie, comme ce soir : une invitation contre des clichés.

Enfin nous accompagnons Solène qui va se changer et rendre les habits médiévaux qui lui ont été prêtés. La nuit est douce, la ville est calme, la cathédrale éclairée par la lune est belle : c'est un moment que je savoure.

1 aigle, bœuf, lion et homme