A 8h45 Christine va chercher les enfants, qui dorment encore. Mais ils sont rapides et nous rejoignent à peine dix minutes plus tard. Avant le petit déjeuner je visite autour de la maison. Sur la rivière est amarrée la dizaine de barques qui sont sans doute louées aux pêcheurs. Elles sont surveillées par une caméra infrarouge.

Le petit déjeuner est toujours irlandais, avec un buffet froid et le plat chaud servi par l'hôtesse. Nous partageons la table avec un couple d'Américains. Comme ils ont l'air sympathique j'engage la conversation et nous passons le repas à discuter. Le monsieur est restaurateur de voitures anciennes et possède une deux-chevaux Citroën orange ! Il est curieux d'apprendre la prononciation exacte de « Citroën » et de « Dyane ». Je leur propose quelques photos que j'ai imprimées justement pour une occasion comme celle-là, afin de leur montrer où et comment nous vivons et nos loisirs (danse, photo, musique). En nous quittant nous échangeons nos cartes de visite et je me promets de leur envoyer tout ce que je peux trouver sur les deux-chevaux.

Au moment de partir les averses recommencent. La journée d'aujourd'hui est consacrée au Connemara. Le paysage a changé, les lacs sont nombreux et le sol n'est que tourbe. Nous nous arrêtons souvent, simplement pour regarder ou photographier. Nous découvrons que la tourbe est récoltée sous forme de pavés découpés à la main, à même la terre. Ces pavés sont entassés pour sécher puis vendus. Nous nous arrêtons dans « le plus grand magasin d'artisanat du Connemara » où effectivement sont proposés tous les articles de qualité typiquement irlandais, à côté de souvenirs plus kitch. En particulier, les vêtements en laine sont magnifiques. Sur le parking trône une drôle de statue en pierre, récente, représentant un géant censé s'appeler Connemara. L'inscription apposée sous la statue nous paraît bizarre. Notre surprise augmente en voyant derrière la statue une sorte de stèle où est inscrit : « On this site in 1897 nothing happened ». Sans parler de divers écriteaux humoristiques affichés sur les murs de la boutique. Nous continuons la route au milieu des tourbières. Au fil de nos arrêts nous trouvons un os (de mouton ?), un crabe (!), un CD gravé et un pavé de tourbe, récupéré par Solène au milieu d'une terre gorgée d'eau.

Après un ravitaillement à une supérette dans la seule ville de la région, Clifden, nous nous arrêtons à l'abbaye de Kylemore. C'est un autre lieu très touristique, avec beaucoup de Français, mais qui vaut vraiment la visite. La chance ne nous sourit pas car il n'a pas plu de toute la journée sauf au moment où nous visitons cette abbaye. Il s'agit d'un ensemble de bâtiments au bord d'un lac, construits en 1867 et rachetés par la suite par un riche industriel pour sa femme. Les Bénédictines rachètent l'ensemble en 1920 et y créent une école internationale pour jeunes filles de bonne famille. Du coup on ne visite plus que quelques pièces, la minuscule cathédrale et le mausolée construit pour l'épouse de l'industriel. Il faut marcher un peu dans la forêt pour atteindre le mausolée et la cathédrale. Celle-ci est vraiment curieuse : construite à la mémoire de la femme de l'industriel, elle a toutes les caractéristiques d'une authentique cathédrale mais en format extrêmement réduit. Nous prenons ensuite une navette gratuite pour aller visiter les jardins de l'abbaye, situés à un mile de là. Les jardins sont étonnants et très agréables. Petit à petit ils retrouvent leur splendeur d'origine, avec des centaines de variétés de fleurs, fruits et légumes.

Nous continuons notre périple jusqu'à Westport. Il pleut tellement que nous nous arrêtons juste acheter cartes postales et timbres. Nous sommes surpris de voir une fête locale battre son plein malgré la pluie. Toujours sous la pluie, nous nous arrêtons à l'ancienne abbaye de Burrishoole, située au bord de la mer.

La pluie s'arrête enfin lorsque nous arrivons à la tour fortifiée de Carrigahowley, ou Rockfleet Castle, au fond d'un bras de mer. Cette tour était l'un des fiefs d'une célèbre femme pirate, Grace O'Malley, au XVI ème siècle. Sa maison était construite au sommet de la tour, la base étant régulièrement inondée par les marées. Cette tour carrée, isolée, et son histoire, nous plaisent bien.

Après quelques kilomètres nous atteignons Achill Island et notre B&B de ce soir. Pour une fois nous sommes à l'heure, pas besoin de téléphoner. Les chambres et notre salle de bains sont vraiment minuscules, mais l'accueil est chaleureux, et l'hôtesse nous offre thé et gâteaux. Elle nous rappelle qu'avec le bank holiday les restaurants risquent d'être complets. Nous décidons de partir immédiatement en quête d'un lieu de pitance. Il pleut toujours beaucoup et la température aura oscillé aujourd'hui de 13° à 16°. De l'autre côté du pont donnant accès à l'île nous trouvons un seul pub, peut-être unique à des kilomètres à la ronde. Il y a beaucoup de monde mais une serveuse nous trouve quatre places dans le restaurant. Le repas est correct et copieux. La serveuse a une façon amusante de répondre « Yep, no problem » à chaque demande.

Après le dîner nous passons dans le pub attenant pour passer la soirée. L'ambiance est différente, moins feutrée que dans un vieux pub de ville. Nous regardons du golf à la télé en sirotant nos bières. Benjamin et moi faisons une partie de billard. Nous nous amusons d'un vieil homme bavard et tellement ivre qu'il se fait raccompagner par un ami. Un musicien arrive, installe son matériel et fait des essais. Mais à 22h30 il n'a toujours pas commencé à jouer, alors nous rentrons nous reposer au calme, en bravant une petite tempête.