Après le petit déjeuner Solène va câliner la chienne de la maison, Fifi, ce qui a pour effet immédiat de détendre notre hôtesse et de la rendre plus loquace. Nous sommes en route avant 9h30 car il y a un grand trajet à faire aujourd'hui. Les routes sont meilleures que sur la côte, la circulation est acceptable, nous avançons bien. Le style des maisons a bien changé : adieu les couleurs vives, on est plus proche d'un style tourangeau ou bourguignon. Très vite nous trouvons une autoroute gratuite, la M8, ce qui permet d'avancer encore plus vite. Nous faisons un arrêt au pied du château de Cashel, sans intention de le visiter. Mais en le voyant Benjamin et Solène ont très envie de le visiter quand même. Pourquoi pas ? Il est juché en haut d'une colline et on le voit de loin. En fait ce n'est pas un château mais une ancienne abbaye fortifiée. Il y a beaucoup de monde, en particulier quelques cars de touristes. Nous retrouvons les croix celtiques, les tombes et les tours rondes de défense, sur fond d'herbe verte et de ciel bleu. Au milieu nous voyons une tombe fraîchement creusée, comme si un enterrement était imminent. Et en effet j'entends bientôt une cornemuse dans la rue. En regardant par-dessus le mur je vois un cortège funéraire précédé d'un piper en grande tenue, qui s'avance vers l'enceinte de l'abbaye. C'est assez surréaliste de voir cette cérémonie funéraire au beau milieu des touristes. Le cercueil est emporté vers la tombe préparée, toujours au son de la cornemuse, et la cérémonie se déroule normalement. Je me renseigne auprès des gardiens (sans doute chargés d'éviter l'intrusion des touristes) : il ne s'agit pas d'une personnalité quelconque mais simplement du membre d'une famille possédant un caveau ici, dans l'enceinte de l'abbaye, depuis très longtemps. Les plus vieilles tombes datent de la construction de l'abbaye, avant le VII ème siècle ! Nous repartons comblés, après deux heures de visite, au moment où la pluie arrive.

Nous reprenons l'autoroute, qui devient payante peu de temps avant Cork. Elle nous conduit directement à Cobh, une île dans la baie de Cork, d'où sont partis beaucoup de prisonniers pour l'Australie, d'émigrants vers les U.S.A. et surtout une bonne partie des passagers du Titanic. La gare d'origine, où arrivaient condamnés et passagers, a été conservée et restaurée. Elle abrite maintenant un musée très intéressant sur ces épisodes marquants de l'histoire de l'Irlande. Devant le musée se tient une statue représentant la première jeune fille enregistrée lors de son arrivée à Ellis Island, à New-York. Nous parcourons toutes les salles du musée où sont présentés des objets, des photos, des maquettes, des dessins et beaucoup de textes en anglais. Nous apprenons beaucoup de choses que nous ignorions sur l'histoire de ce pays. Notamment à propos de la grande famine survenue de 1845 à 1847, des maladies qui s'ensuivirent et de la mort de plus d'un tiers de la population. Ce qui eut pour conséquence de générer un flot d'émigrants continu de 1850 à 1930, représentant plus de quatre millions de personnes. La non-assistance de la Grande-Bretagne pendant cette difficile période est en grande partie à l'origine de la scission entre la République d'Irlande et la Grande-Bretagne.

Enfin nous passons d'est en ouest pour notre dernière visite, au cercle de pierres de Drombeg, à soixante-dix kilomètres. Je voulais voir ce monument préhistorique depuis que je l'avais découvert sur Internet. L'endroit est encore une fois accessible par une route très étroite, recouverte d'herbe en son milieu. Il est perdu au milieu d'un champ, accessible par un petit sentier bordé de fuchsias. Le cromlech est fait de dix-sept pierres d'un à deux mètres de haut. Au centre, sur une pierre plate est déposé un bouquet de fleurs : sans doute le signe d'un culte ou d'une croyance quelconque. Un peu plus loin, sur un terrain très humide on peut voir les restes de deux huttes rondes en pierre, accolées, reliées par un petit chemin de pierres à une sorte de source aménagée. Le panneau explicatif nous apprend qu'il s'agit d'un ensemble fait d'une source et d'un four à eau : des pierres brûlantes étaient roulées à partir d'un foyer dans un creuset en pierre adjacent rempli d'eau, pour la faire bouillir et ainsi cuire les aliments. L'ensemble date de l'âge du bronze et a donc plusieurs milliers d'années. J'apprécie particulièrement le lieu, pour son calme et l'harmonie des pierres.

Enfin nous repartons pour notre dernier B&B, à Kinsale, avant Cork. Les explications vues sur Internet sont précises mais ne nous servent à rien car nous n'arrivons pas du bon côté. Après quelques tâtonnements nous trouvons enfin le B&B, O'Murchu. Et nous recevons l'accueil le plus chaleureux du séjour. L'hôtesse est sympathique, prévenante et bavarde. Elle se présente et nous demande nos prénoms, c'est la première qui agit ainsi ! Elle a un peu de mal avec la prononciation de Benjamin et Renaud mais fera l'effort de retenir nos quatre prénoms. Pendant que Christine s'ébouillante avec la douche, je m'installe dehors avec un thé pour engager la conversation avec Catherine, notre hôtesse. Nous discutons autour des photos que j'ai apportées, je suis ravi, j'attendais une telle possibilité de parler anglais depuis le début. Sur les conseils de Catherine nous allons dîner à Kinsale, dans un pub qu'elle nous a conseillé. Le port de Kinsale est agréable, mais on se croirait presque dans un village touristique de Bretagne, avec les yachts, les voiliers, les bateaux de pêche et les commerces le long du quai. Le pub s'appelle The White House. Sa façade est très typique, son intérieur aussi, bien qu'un peu plus grand que les pubs précédents. Nous trouvons encore une fois rapidement une petite table pour quatre, face à l'endroit où seront les musiciens. Le patron court comme un dératé pour prendre les commandes et servir tout le monde, surtout les nombreuses  bières, aidé mollement par une jeune serveuse. A 21h00 un musicien seul vient installer son matériel et commence à jouer à 21h30. Il chante des balades irlandaises en s'accompagnant à la guitare sèche, j'aime beaucoup. Entre deux chansons je lui demande s'il a un disque à vendre, mais malheureusement non. Nous rentrons à regret à 23h00 après une journée et une soirée vraiment excellente, et j'ai droit à un clin d'œil et un sourire de la part du chanteur. C'est la pleine lune, il fait doux, quelle belle soirée. Mais Christine a tous les bagages à refaire avant demain !