Cet âge, fatidique pour certains, ne me fait ni chaud ni froid. Avant j'avais déjà des cheveux poivre et sel, des kilos en trop, des lunettes, j'étais déjà heureux avec Christine, j'étais déjà accroc aux ordinateurs et à Internet, je faisais déjà de la danse folk et je m'ennuyais déjà fermement dans mon travail. Et même si je me rapproche forcément de ma mort j'en avais déjà peur avant.

Par contre je n'oublierai pas de sitôt mon anniversaire 2009. Le 12 août, un mercredi comme le jour de ma naissance, fut très agréable. Des amis étaient à la maison, le temps était beau et chaud et nous avons passé une partie de l'après-midi au lac de Pont, à nager et bronzer. Exactement la journée type de vacances comme au temps où la météo était normale, que les étés étaient des vrais étés, avec ciel bleu et soleil.

Mais le summum a été atteint le 15 août, où Christine m'a fait la surprise d'inviter mes amis de jeunesse, Benjamin et mes beaux-parents ! Ce fut un exemple parfait d'organisation et de discrétion, étalé sur trois mois. Et je n'y ai vu que du feu jusqu'au dernier moment. Nous avions déjà deux amis et leurs enfants à la maison. Le matin du 15 mon amie Caroline dit avoir envie de faire une petite balade dans les environs. Quoi de plus normal ? Je décide donc de l'emmener voir la statue de Vercingétorix et visiter Flavigny-sur-Ozerain. A 11h30 nous recevons un appel disant que son bébé a faim et s'impatiente et qu'il ne faut pas tarder à rentrer. Nous écourtons la promenade et revenons à la maison. A peine rentrés, j'entends jouer de la cornemuse, sans y prêter plus d'attention, pensant que Solène répète, comme elle en a l'habitude. Mais Caroline m'appelle et me demande de sortir dans la rue. Et là, que vois-je ? Un cortège de 29 personnes remontant la rue vers la maison au son de la cornemuse de Solène ! Plus que de l'émotion c'est une joie immense qui m'envahit. Je vois là une grande partie de la famille de huit enfants qui habitait le village il y a trente-cinq ans et qui, pour faire court, sont devenus des amis solides après avoir été des camarades de jeux et de bêtises pendant plusieurs années. Ils sont venus en couple pour certains, et tous avec leurs enfants. Juste avant mon arrivée tous s'étaient cachés derrière une haie avant de former le cortège. Christine m'explique qu'elle a tout organisé par SMS et mails.

Après les effusions amicales, Christine ouvre la grange et je découvre que tout est prêt pour la fête : tables, chaises (prêtées par les voisins), boissons, buffet, etc. Elle a tout installé le matin et est allé chercher tout le repas chez un traiteur. Elle a même utilisé le coffre de toit pour stocker les plats délicats, le transformant en frigo grâce à des bouteilles d'eau congelée. Mes amis retrouvent leurs marques comme il y a trente-cinq ans et les retrouvailles sont chaleureuses. Pendant l'apéritif, je vais de l'un à l'autre, prenant des nouvelles, remerciant ceux que je n'ai pas vus depuis longtemps et qui ont fait l'effort de venir. Je suis vraiment heureux. Tous s'amusent de la façon dont tout m'a été caché, sans que je me doute de quoi que ce soit. J'ai même participé sans le savoir, lorsque j'ai rangé la grange sous un prétexte fallacieux, alors que c'était en prévision de la fête. Et la fête est belle : nous discutons entre nous, nous racontant nos souvenirs, surtout formés des bêtises que nous faisions l'été ensemble, les enfants s'occupent, dessinent ou jouent. Pour le repas mon beau-père a apporté plusieurs caisses de Sancerre qui est très apprécié.

Dans l'après-midi d'autres surprises me sont réservées : une chanson écrite pour moi sur l'air de « Mon HLM » de… Renaud, un exercice de tir à l'arc avec des flèches mal taillées… exprès, un déguisement en femme pour danser du folk, une chanson par certains des enfants. Puis vers 17h00 tout le monde va au lac de Pont profiter de la chaleur pour piquer une tête dans l'eau. Au retour je regroupe tout le monde, de trois mois à soixante-dix huit ans, pour une photo de groupe des trente et une personnes. La super journée continue dans la soirée, avec le repas, un blind test musical pas facile mais hilarant et un jeu collectif, « Qui suis-je ? » Le soir une famille reste coucher, au grenier, ainsi que Benjamin, sous sa tente.

Le lendemain presque tout le monde revient pour déjeuner et passer l'après-midi. Et vient le moment où chacun rentre chez soi. Nous nous retrouvons seuls Christine, Solène et moi et j'ai presque l'impression d'avoir rêvé ces deux jours de fête mémorables avec de vrais amis.