J'ai vu les Wampas (du nom d'une tribu dans la bande dessinée Rahan) au Printemps de Bourges en 2003, sans en avoir gardé un souvenir plus ému que ça. Mais j'étais dans les gradins, loin de la scène et je n'avais pas été impliqué dans leurs délires scéniques. Je me souviens en revanche d'une énergie et d'une folie sur scène assez incroyables. Du coup, je me dis que dans la petite salle du Nadir l'exubérance de Didier Wampas (de son vrai nom Didier Chappedelaine) ne peut que s'exprimer à fond. Avant les Wampas doivent passer deux artistes de style rock garage, donc a priori un poil primaire. Quelques heures avant le concert je me connecte sur leur MySpace pour avoir une idée de ce qu'ils jouent. Sur les vidéos de la seconde artiste, Deborah Dégoût, je la vois finir sur scène en guêpière et les seins à l'air ! Si elle recommence sur la scène du Nadir ça va être chaud !

J'arrive à l'Antre-Peaux trente minutes avant l'ouverture des portes, sous la pluie. Je retrouve la poignée de membres d'OVS qui viennent au concert ce soir. Quand la billetterie ouvre, je me fais connaître et reçois un ticket exonéré, comme à chaque fois. Je n'aperçois qu'un photographe professionnel, que je ne connais pas. Est-il du Berry Républicain ? Même pas certain. En fond de scène se trouve un panneau lumineux avec les lettres W A M P A S. A 20h30 le premier groupe, Les Jeunes Césars, entre sur scène. Composé d'un homme à la guitare, Ben Bornéo, et d'un post-adolescent à la batterie, Hugo BoomBoom, ils attaquent avec des chansons rock très basiques, jouées cependant avec conviction. La salle n'est pas pleine mais le public présent réagit bien. La voix du chanteur me fait par moments penser à celle de Jacques Dutronc jeune, particulièrement sur "Le dernier romantique". La musique elle-même renvoie à la fin des années 60.

Après trente minutes de spectacle et une courte pause c'est Deborah Dégoûts qui entre en scène. Elle est seule avec sa guitare, plutôt sobrement habillée et légèrement malade. Elle joue d'habitude au sein de sa nouvelle formation "Alors heureuse ?". Après quelques soucis de sono elle attaque avec des chansons rock tantôt délurées ("Je suis bonne"), tantôt engagées ("J’t’attends au coin du bois") mais toujours rigolotes. Elle a une bonne tchatche et prend plusieurs fois le public à partie. L'humour des paroles fait largement passer la sécheresse des compositions.

Le temps d'installer la scène une seconde fois la salle se remplit. Et à peine le noir fait dans la salle que Didier Wampas déboule sur scène en courant la guitare à la main, farfadet destroy ou lapin Duracell, au choix. Chapeau sur la tête et pantalon lamé rose, il attaque d'emblée très fort, suivi par son guitariste échevelé, Tony Truant (de l'ex groupe "Dogs"). La formation compte trois autres musiciens (guitare, basse et batterie) pourtant aguerris mais qui passent un peu inaperçus derrière les facéties de Didier Wampas et son acolyte. Très rapidement je découvre l'homme de scène qu'est ce musicien. Il apparaît transformé dès qu'il est sur scène, il devient le Mister Hyde du Docteur Jekyll qu'il est hors scène. Malgré ses années de route il dégage une énergie incroyable et il est clair qu'il a besoin du public pour faire un bon concert. Très rapidement il discute avec le public, touche ceux qui sont au premier rang, fait monter des gens sur scène, etc. A chacun de ses passages sur la droite, où je me tiens près des enceintes, j'ai droit à un ébouriffement de cheveux ou une tape sur l'épaule. J'ai la certitude que ces gestes n'ont aucune agressivité mais sont des gestes sympathiques, instinctifs, qui matérialisent le don qu'il fait de lui au public. Une petite fille, sans doute la plus jeune du public, aura droit à sa minute de gloire, invitée par Didier à monter sur scène.

Au cours du spectacle, tel un gamin potache, il va multiplier les incursions dans ou sur le public : à pied pour embrasser un maximum de gens (dont moi) sur "Kiss", assis sur une chaise (comme il l'avait fait au Printemps de Bourges), couché sur le dos et porté par le public. Comme Didier Wampas n'utilise pas de micro sans fil, les assistants ont toutes les peines du monde à faire suivre le fil. Plusieurs fois il demande l'aide des spectateurs placés devant lui pour redresser les retours et grimper dessus. Il fait ensuite monter une fille sur scène pour lui tenir le micro. Sur "Où sont les femmes ?" il demande même à toutes les filles du public de monter sur scène autour de lui. Les quelques garçons qui essayent de suivre se font repousser sans ménagement. Plus le spectacle avance et plus il se déshabille et finit torse nu, exposant son corps ascétique. Tous les gimmicks y passent : micro dans la bouche, micro dans le pantalon, guitare jouée dans le dos, guitare jouée par une spectatrice, etc. Mais jamais on a l'impression d'une mise en scène, même si Didier Wampas refait la même chose à chaque concert. Il donne bien l'impression d'agir dans le feu de l'action et l'excitation d'être sur scène.

Côté musique c'est plutôt carré, surtout grâce aux trois guitares. De plus Didier change de guitare quasiment à chaque titre. Bien que les Wampas soient des survivants de la grande époque punk rock des années 80, quand sévissaient La Souris Déglinguée, les Béruriers Noirs ou les Ramones, leur musique est tout à fait actuelle et suffisamment riche pour plaire à beaucoup, dont moi. Mais le plus jouissif ce sont les paroles.

A un moment survient un évènement jamais vu en trente ans de concerts de toutes sortes : un chien s'approche de la scène et saute dessus pour un petit tour, avant que sa maîtresse, la gérante d'Emmetrop, ne le rappelle. Et cela n'étonne personne. En tous cas pas les quelques individus raides défoncés qui rampent devant la scène, allant jusqu'à lécher consciencieusement le pied de micro.

Après plus d'une heure de concert, les Wampas reviennent sur scène pour quelques titres avant de s'éclipser définitivement, après quatre-vingts minutes de concert sous pression. D'après la playlist scotchée par terre aux pieds des musiciens il restait encore trois titres pour un second rappel (dont "Manu Chao") mais le geste que fait le régisseur à la console me laisse penser que Didier n'a plus de voix.

La salle se vide et une trentaine de spectateurs assidus reste sur place pendant que les techniciens démontent et rangent le matériel. En effet les Wampas jouent le lendemain à Clermont-Ferrand. Notre patience est récompensée. C'est tout d'abord Tony Truant qui traverse la salle, une bière à la main. En passant près de moi il s'excuse de son accès de mauvaise humeur sur scène pendant le concert. En effet du fait de ma taille j'ai heurté une fois le manche de sa guitare et je l'ai senti très énervé. Mais j'hallucine : c'est moi qui devrais m'excuser, pas l'inverse ! Et enfin Didier Wampas arrive sur scène, calme et détendu, en jeans, des lunettes sur le nez, méconnaissable et souriant. Il devise avec chacun, signe tous les autographes qui lui sont demandés (sauf sur les fesses d'une fille !) et se fait prendre en photo avec tous ceux qui veulent. Il parle même dans un téléphone portable pour un lointain correspondant anonyme. La classe. Quand il se retire je rentre enfin à la maison, il est à peine minuit.

Playlist :

  1. Comme un punk en hiver
  2. L'aquarium
  3. Un dimanche à Strasbourg
  4. C'est l'amour
  5. Austerlitz
  6. Persistance rétinienne
  7. Touche pipi
  8. Trop précieux
  9. I hate Switzerland
  10. Rimini
  11. Jalabert
  12. Rising
  13. L'éternel
  14. Yeah yeah
  15. Les bottes rouges
  16. Comme un ange
  17. (pause)
  18. Gisèle
  19. My little Daewoo
  20. Ce soir c'est Noël
  21. Kiss
  22. Petite fille
  23. Revanche
  24. Manu Chao (prévu, non joué)
  25. Les Wampas sont la preuve que Dieu existe (prévu, non joué)
  26. Les îles au soleil (prévu, non joué)



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