Une de mes photos ayant été choisie pour l'affiche, j'ai demandé et obtenu une accréditation de photographe pour la seconde année. A l'ouverture des portes je me présente à Katia, l'organisatrice. Il y a encore peu de public mais plusieurs artistes qui passeront ce soir prennent un verre sur la terrasse. J'entre dans la salle, découvrir la décoration et les stands de merchandising. Katia me présente à Alain Marie, le photographe officiel du Cosmic Trip depuis sa création. J'aime beaucoup les photos qu'il a prises l'an dernier. Il m'emmène dans les coulisses, au catering, et me montre son installation : un MacBook branché sur Internet qui lui permet de faire d'une part les sauvegardes de ses photos et d'autre part la mise en ligne de sa sélection. A chaque pause entre deux groupes il vient là et met à jour son site web. Il n'hésite pas à shooter les artistes au catering et dans la salle de repos mais moi je n'ose pas encore.

A un moment quelqu'un me tape sur l'épaule en m'appelant par mon prénom : c'est Damien, le graphiste qui a choisi ma photo et a conçu l'affiche. Il est très souriant et nous discutons quelques instants. Je croise quelques autres personnes connues, bénévoles dans l'organisation du festival. Comme l'an dernier, à 20h00 le show commence en douceur avec The Norvins (France) qui attaquent devant une salle presque vide : les spectateurs sont tous dehors à siroter un verre. Mais la musique rameute la foule et rapidement le devant de la scène est rempli. Le batteur, torse nu, a écrit au feutre sur son torse une petite annonce : "Recherche baby-sitter au 06*" avec son numéro de portable ! A côté de moi se tient la chanteuse des Dollsquad, appareil en main, en train de prendre des photos. Je la photographie en pleine action ce qui me vaut un sourire ravageur de sa part. A part ça je n'adhère pas plus que ça à la musique de The Norvins, un peu trop brut de décoffrage pour moi. Les bouchons d'oreille donnés par Benjamin font merveille : en silicone et en forme de cône ils filtrent beaucoup mieux que ceux distribués gratuitement. La force du son est bien atténuée mais la musique reste intacte, avec toutes ses nuances.

Après un rapide changement de plateau les Belges de Speedball Jr entrent en scène. Et là je me régale. C'est du surf très mélodique, produit par de bons musiciens, en particulier les deux guitaristes, en chemisette rouge, expressifs et dynamiques, qui se livrent à des duels à la guitare homériques. Les deux filles, à la basse et aux claviers, plus calmes, assurent très bien également. Les quatre, plus le batteur, forment un bon ensemble efficace et cohérent. Au cours du set une charmante jeune femme, imperturbable, vient onduler du bassin au milieu des musiciens, habillée en vamp, en vahiné puis en cowgirl. Elle a deux charmantes ailes d'ange tatouées dans le dos. J'aime beaucoup. Le public aussi.

Le groupe suivant se produit dans le hall. C'est un groupe russe, Messer Chups, qui pratique autant la musique que la dérision. Le son est typiquement surf, avec le son de guitare bien reconnaissable, les clins d'oeil sont nombreux (James Bond, Pop Corn) et les samples façon film d'épouvante sont bien intégrés. La bassiste (Zombierella) est une grande et belle russe, sculpturale et sexy en minijupe à franges et collant en résille, qui s'est donné le look de Betty Page. Imperturbable, elle s'active sur sa basse et se met parfois au micro. Le groupe fait un fort effet au public massé devant la petite scène.

Nouveau changement de style avec les Mystik Motorcycles (France). Là c'est du bon gros rock qui tache, furieux, dépouillé, énergique en diable. Les critiques en font les héritiers d'AC/DC et des Ramones et y'a de ça. Riffs de guitares (superbes instruments, soit dit en passant), batterie hystérique, looks originaux, pas de claviers : on sent que les musiciens ne trichent pas et se donnent en entier. Impressionnant.

Le groupe suivant vient de Hollande. The Responders ramène (un peu) de calme sur la scène avec un rock assez classique accompagnant une chanteuse à la belle voix, tendance rock voire soul. Selon les titres, par ses intonations elle me fait penser à Tina Turner ou à Janis Joplin. La musique est propre et invite à danser. Sympa. J'aime particulièrement leur reprise de "Send me a postcard" de Shocking Blue (même si j'aurais préféré "Venus").

La soirée "spécial filles" se termine en apothéose avec les six filles de Dollsquad (Australie). J'en avais croisé quelques unes dans les coulisses auparavant. Le groupe n'est composé que de six filles magnifiques, moulées dans des combinaisons de vinyle noir (référence au film kitch de 1973), choucroute sophistiquée sur la tête, maquillage appuyé, sans oublier pour chacune une touche féminine de couleur : bandeau, chouchou, plume, foulard, etc. La chanteuse entre sur scène avec une énorme chaîne en acier avec laquelle elle s'amuse. Sa voix est grave et chaude. La musique est riche, plutôt bien exécutée. Le groupe rappelle les Runaways. Le succès public est assuré, compte tenu du fait que beaucoup de spectateurs sont déjà bien imbibés. Plusieurs jeunes filles montent sur la scène. La guitariste fait même monter la bassiste de Speedball Jr pour jouer du tambourin. Grosse ambiance.

A peine les Dollsquad sorties de scène que le DJ lance ses platines. Il officie uniquement avec des 45T et le parquet est tout de suite couvert de monde s'agitant au son de la musique. Il est 2h30, une bonne heure pour rentrer. Le parc Saint-Paul étant fermé je suis obligé de faire le tour par la rampe Marceau.

Dimanche, après avoir quitté le spectacle de Brug Arvor avant la fin, il ne me reste qu'une poignée de minutes pour me préparer à la seconde soirée du Cosmic Trip. Comme il fait beau et chaud j'y vais en T-shirt, je serai moins encombré. Quand j'arrive je retrouve le photographe Alain Marie qui m'informe du groupe qui remplacera The Love Me Nots, malheureusement absents en fin de soirée. Il s'agit d'un groupe de Japonaises, Lazy Guns Brisky, qui passera en second et non pas en dernier. En attendant le début du concert j'écoute les musiciens de Lord Fester Combo s'installer et s'accorder, dans le hall. Ensuite je vais admirer et photographier deux Harley-Davidson customisées, garées devant l'entrée. L'une date de 1938 et les deux sont magnifiquement décorées.

Le premier groupe à monter sur scène, The Revellions (Irlande), met instantanément le feu à la scène et à la salle. Rock brut, tirant sur le punk, batterie et orgue bien en avant, guitares magnifiques, la musique fonce droit à toute vitesse. On pense aux Doors ou aux Kinks. Le chanteur paraît être dans une bulle mais une bulle à haute tension : il sautille sans arrêt, se roule par terre, s'entortille dans les câbles. Il monte même sur les épaules du puissant guitariste et va faire un tour dans la salle.

Pendant l'entracte je vois arriver sur scène les Japonaises du groupe suivant, Lazy Guns Brisky, quatre jeunes demoiselles minuscules (genre 20 ans et 1,50 m de haut), à peine plus grandes que leurs instruments. La bassiste est nettement plus petite que sa basse, c'est étrange. Ce qui est plus surprenant encore c'est l'énergie qu'elles déploient et la puissance de la voix de la chanteuse. Leur rock'n'roll est classique, mais sauvage, efficace et plutôt bien joué, genre AC/DC en short et bottines. Elles chantent en anglais et l'accueil du public est plutôt bon. J'aime bien. Après le concert un homme nous interpelle vertement, un autre photographe et moi. Attaché de presse des Nippones il nous reproche d'avoir fait des photos pendant tout le set, au lieu des trois premiers morceaux seulement. Nous expliquons qu'aucune info n'a été donnée officiellement et que l'habitude étant de shooter autant qu'on veut, on ne pouvait pas imaginer un changement brusque de règles.

Lazy Guns BriskyLe groupe suivant, Lord Fester Combo (France), se produit dans le hall, mais ayant tardé à quitter la salle, la foule est déjà très compacte et il m'est impossible d'approcher la petite scène. Qu'importe je les ai écoutés longuement pendant leur balance en début de soirée. Le style est différent, on est plus proche du rockabilly, voire du blues-rock sur certains titres, joué à l'ancienne avec contrebasse, guitare et batterie.

Retour dans la salle pour écouter King Salami & The Cumberlands 3 (Angleterre). Changement de genre encore une fois pour du rock'n'roll classieux, avec cuivres, mâtiné de soul, voire de funk, mais toujours sous pression. L'humour et la dérision emballent le tout, servis par un chanteur parfaitement francophone qui harangue souvent la foule en roulant des yeux, comme un sorcier tribal moderne. Le tout forme un univers musical très agréable.

L'avant-dernier groupe de la soirée, The Rippers (Italie), me laisse perplexe. Les guitares sont saturées, la musique est violente, extrêmement forte. C'est du punk rock brut et brutal, sans concession mais c'est un poil trop pour moi. Le chanteur semble défoncé : il passe tout le set plié en deux sur son micro, perché au bout d'un pied raccourci à l'extrême. Pas un mot, pas un regard pour le public ou ses musiciens. Étrange. Il est tellement out qu'il renverse un verre plein de bière, glisse dedans et tombe, se vautrant carrément sur scène. L'alcool aidant, l'ambiance est aussi surchauffée dans la salle et les slams sont nombreux.

Last but not least, le dernier groupe est celui que j'aurais préféré pendant ces deux soirs : Los Banditos (Allemagne). Ils sont déjà passés en 2004 au Cosmic Trip et en 2005 au Printemps de Bourges. Leur musique est plus élaborée et emprunte à de nombreuses influences (surf majoritaire, easy listening, rock sixties, garage). Le son de leur guitare marié à celui de l'orgue est superbe. Mais surtout ils installent un univers scénique étonnant. Habillés de chemises aux motifs improbables (très seventies), ils communiquent beaucoup avec le public. Ils mélangent à leur musique des sonorités de westerns italiens et des extraits de soundtracks de film. Celui qui joue de l'orgue (tellement vintage) et de la guitare, Senore Professore Doctore Comodore Rodriguez Flamingo, a une broche qui traverse son genou. Ca lui rend la jambe raide mais ne l'empêche nullement de se démener comme un beau diable sur scène. Ils jouent une version extra de "Ca plane pour moi" de Plastic Bertrand, qui met le feu dans le public. Rapidement plusieurs personnes montent sur scène, filles et gars, et les musiciens les intègrent carrément au show. C'est du grand spectacle.

Je rentre à la même heure qu'hier, au moment où le DJ commence son set.