La voiture est une Peugeot 207 un peu fatiguée. Le réservoir est à demi plein et le loueur nous explique pourquoi. Je comprends qu'il nous conseille de faire le plein aujourd'hui car les jours suivants cela risque d'être plus difficile. Mais nous réaliserons seulement le soir pourquoi il disait ça, malheureusement.

Nous récupérons les lunch packs au restaurant et mettons le cap vers La Canée, ou Chania en grec, à 10h00. L'entrée dans la ville est un peu encombrée mais à 11h00 nous trouvons un parking payant proche du centre ville. Il fait bien chaud, car il manque la brise de bord de mer, mais ce temps nous va bien. Nous commençons par visiter le marché couvert. Comme toujours le lieu dégage une profusion d'odeurs, des épices aux fromages en passant par les produits frais de la mer. Les produits phares présents en grande quantités sont les olives, sous un nombre étonnant de formes, de tailles et de couleurs, les bidons d'huile d'olive, les fromages à la coupe ou entiers. Mais on découvre aussi d'autres produits plus insolites, comme des escargots vivants vendus au kilo, d'étranges gâteaux de sardines, des loofas, sortes d'éponges végétales, des figues de Barbarie présentées directement sur la raquette du cactus ou des diodons suspendus au plafond. Les badauds sont aussi bien des touristes que des autochtones faisant leurs courses habituelles. J'aime bien l'ambiance de ces marchés exotiques.

Mosquée des janissairesAprès le marché nous arpentons les petites rues commerçantes en direction du vieux quartier vénitien, nommé Topanas. Nous longeons la rue du cuir où toutes les boutiques ne vendent que des articles en cuir, souvent identiques. L'intérêt est de lever les yeux pour chercher les vestiges des vieilles maisons derrière les boutiques modernes. Sur les frontons on peut souvent apercevoir d'anciennes inscriptions en grec. Les rues sont étroites et ombragées grâce à des tonnelles ou des massifs de bougainvillées. Nos pas nous conduisent au vieux port où aucun bateau n'est au mouillage. Nous avons lu que c'est une volonté de la municipalité pour ne pas défigurer le port. En effet le résultat est réussi : la vue sur le port en arc de cercle, entouré de vieilles maisons, de boutiques et de restaurants, est superbe, une vraie carte postale. L'entrée du port est gardée par l'ancien phare vénitien. Le style vénitien est présent presque sur chaque façade : colonnades, fenêtres et surtout magnifiques balcons en fer forgé ouvragé. Nous visitons une petite église orthodoxe, surchargée de décorations en argent et de boiseries. Les photos sont interdites mais j'en vole quand même quelques unes avec mon petit numérique, sans flash. Au bout du port nous arrivons à l'ancienne mosquée des janissaires, en travaux. Elle sera visiblement transformée en office du tourisme. Le long du port des carrioles tirées par des chevaux attendent les touristes. Les chevaux sont protégés du soleil par un drôle de chapeau de paille fleuri.

Nous quittons le port pour traverser le second vieux quartier, d'origine juive, nommé Kasteli. Celui-ci est plus délabré et les restaurations n'ont visiblement pas encore commencé. Nous tombons par contre sur un chantier archéologique ayant mis au jour une grande villa antique. Nous finissons la visite par une ancienne église catholique transformée en église orthodoxe. Du coup la forme extérieure est nettement catholique, mais l'aménagement intérieur est nettement orthodoxe. Il s'agit de l'église Trimartyri. Le grand autel, tout en argent et en peintures iconiques, est impressionnant par sa taille. Les lustres, en argent également, ont un oeuf d'autruche en pendentif sous chacun d'eux.

Figues de Barbarie au marchéAvant de quitter La Canée nous repassons par le marché pour acheter deux bidons d'huile d'olive, l'une pour la cuisine et les salades, l'autre pour les salades seulement. Ces huiles sont produites dans un monastère proche de La Canée que nous allons visiter. Nous reprenons la voiture en direction d'une péninsule au nord-est de la ville où se trouvent deux monastères remarquables, dont l'un qui est célèbre dans toute la Grèce. Nous le trouvons au bout d'une petite route de campagne, blotti au pied d'une colline. C'est le monastère de la Sainte Trinité. Comme d'habitude lorsqu'il y a quelque chose à visiter loin des pôles touristiques il y a très peu de visiteurs, même pas une dizaine, dont une majorité de Français. Le monastère est toujours en activité, il nous est donc interdit de parcourir les parties réservées à la vie des moines. Christine recouvre ses épaules et ses jambes d'un tissu, comme à chaque fois que nous entrons dans un lieu religieux orthodoxe ou musulman. Le lieu est superbe, empreint de calme et de sérénité, malgré la chaleur accablante. Les murs sont de couleur ocre, la végétation abondante et les palmiers font penser à une oasis. La plupart des bâtiments sont en bon état ou ont été restaurés. Il reste aussi quelques vestiges de bâtiments plus importants, comme une enfilade d'arches. Le silence n'est troublé que par les cigales et nous avons l'impression d'être seuls dans ce lieu de méditation, les rares touristes étant disséminés dans les différents bâtiments. A 15h30, avant de repartir, nous faisons une pause pour déjeuner avec nos lunch packs. C'est simple et suffisant, même si visiblement le pain a été oublié. Je fais un heureux : je donne la peau et les os de mon poulet à un chat famélique qui nous tourne autour.

Nous continuons la route vers le second monastère, Gouvernetou. Celui-ci est perché dans la montagne, au bout de plusieurs kilomètres d'une route lunaire où ne croisons qu'une seule voiture. Sur le parking il y a de nombreuses voitures mais pas âme qui vive. Il y a pourtant visiblement de la vie car les jardins sont entretenus, l'irrigation est en service et de nombreux animaux de ferme sont parqués alentour. Malheureusement nous arrivons en dehors des heures d'ouverture et nous ne pouvons pas visiter le monastère. Nous nous avançons au début du chemin qui mène à une grotte, une plage et un monastère en ruine mais, voyant qu'il y a un chemin en pierraille long et escarpé à suivre, nous renonçons. En reprenant la route nous apercevons des champs de dizaines de ruches, posées à même le rocher, en plein soleil : que peuvent bien butiner des abeilles dans ce désert ?

L'aiguille de la jauge d'essence ayant bien baissé nous nous mettons en quête d'essence. Et là les ennuis commencent : toutes les pompes sur notre chemin sont fermées, ou un employé nous fait signe de la main qu'il n'y a plus d'essence. La seule station ouverte que nous trouvons est près de l'aéroport mais il y a une file gigantesque de voitures qui font la queue et nous abandonnons.

Autels dans la rueDu coup nous rentrons à vitesse modérée pour économiser l'essence. Arrivés à l'hôtel nous cherchons à savoir la cause de cette pénurie. Le réceptionniste nous explique qu'il y a une grève nationale des camionneurs en Grèce qui va durer plusieurs jours. Le problème est accentué sur une île comme la Crète puisque les denrées, dont l'essence, arrivent d'abord au port avant d'être distribuées partout. Cela ne fait pas nos affaires et nous inquiète un peu. Nous comprenons pourquoi la voiture ne nous a été livrée qu'avec un demi-plein et je regrette de n'avoir pas compris exactement ce que voulait nous expliquer le loueur de voiture. Du coup nous devrons revoir nos prévisions de visite à la baisse.

Il est 17h30, l'heure d'un bain de mer bien mérité avec bière pour Christine et eau gazeuse pour moi. Avant de descendre à la plage, Christine m'enlève enfin la plus grosse épine d'oursin de mon orteil, qui me gênait pour marcher. A la plage le vent s'est levé et nous voyons même quelques nuages sombres à l'horizon mais qui n'auront aucune conséquence désagréable.

Avant le dîner nous commandons de nouveau des lunch packs pour le lendemain. Nous passons la soirée au bord de la piscine à écouter les gens jouer au bingo, et à écrire des cartes postales.

Monastère de la Sainte Trinité