Nous n'avions pas eu l'occasion de nous retrouver seuls ainsi depuis le mont Saint-Michel, et le temps froid et pluvieux qui a sévi jusqu'en juin ne nous y avait pas incités non plus. J'ai donc profité d'un des deux week-ends libres avant les grandes vacances pour chercher un hôtel chic et agréable, à une distance raisonnable, soit en Auvergne, soit en Touraine. Ce sont les deux seules régions à moins de 200 kilomètres regorgeant de châteaux transformés en hôtels ou chambres d'hôtes. Mon choix s'est porté sur le domaine de la Tortinière, estampillé relais du silence. Bien sûr Christine ignorait notre destination, cela fait partie du jeu... et de son plaisir.

Samedi ça commence mal : nous sommes réveillés par de très forts orages qui vont durer plusieurs heures, accompagnés de pluies torrentielles. Je jette un oeil à tous les sites de météo pour me convaincre qu'en Touraine il fera beau. Nous partons à 12h15, sous la pluie. Mais en effet le temps s'éclaircit au fil des kilomètres, et après Montrichard le ciel devient bleu et la température se stabilise enfin à une valeur acceptable, soit 30°C.

La grille d'entrée au château est étroite mais le parc qui l'entoure est magnifique. Les arbres sont presque tous immenses (nous apprendrons qu'ils sont bicentenaires, ayant été pour la plupart plantés après la révolution) et une magnifique pelouse en pente s'étale devant le château. Le parking est à l'écart, évitant de gâcher la vue par les voitures. L'accueil est poli et aimable et, comme notre chambre est prête, une jeune stagiaire allemande nous y conduit et nous donne des explications dans un français hésitant mais néanmoins correct. Après son départ je réalise qu'elle attendait peut-être un pourboire mais comme ce n'est pas mon habitude d'en donner, je n'ai aucune monnaie sur moi. La chambre est petite (mais le château lui-même est de taille modeste) mais confortable, joliment décorée et cosy, et dotée de tout le confort attendu : minibar, télévision, coffre-fort, climatisation, etc. La tête du lit est dans un renfoncement du mur : sans doute l'emplacement d'une ancienne cheminée.

Domaine de la TortinièreNous descendons visiter le château. L'ameublement est raffiné, en meubles d'époque, les salons sont confortables. Un double escalier en pierre conduit à une terrasse surplombant la vallée, avec une vue très lointaine sur la forêt et la tour du château de Montbazon. Sous la terrasse se trouve le restaurant et, encore plus bas, une grande piscine nous attend, avec ses parasols et ses transats. Nous remontons visiter les autres bâtiments : une ancienne ferme et ses écuries abritant des chambres plus spacieuses, voire des petits studios, toujours entourées d'arbres superbes. Nous préférons notre chambre plus petite mais dans le château lui-même.

Notre seul but du week-end étant le farniente, nous retournons à la chambre mettre nos maillots et nous descendons à la piscine. A côté du bassin se trouve un petit chalet en bois avec toutes les commodités : douches, toilettes et vestiaires. Comme il y a peu de monde nous choisissons un bon emplacement, bien orienté face au soleil. L'eau est tellement chaude qu'elle rafraichit à peine, mais quel plaisir de se baigner et de pouvoir même nager un peu. C'est une répétition générale de notre future semaine en Crète. Nous passons deux heures là, à lire (pour Christine) ou à ne rien faire (pour moi), alternant baignades et bains de soleil.

Quand l'heure du dîner approche nous retournons à la chambre pour nous préparer. J'ai choisi un autre restaurant que celui de l'hôtel, situé à Montbazon, La Chancelière. Nous sommes les premiers et on nous place au fond du restaurant. Le cadre est simple mais bien décoré. La table n'est pas particulièrement chic : pas de petite assiette pour le pain et dessous de bouteille en vulgaire aluminium. En quelques minutes nous voyons défiler cinq personnes du service : les deux patrons, le sommelier et deux serveurs, une femme et un homme. L'accueil est formel et pas particulièrement chaleureux. Sur un document de présentation Christine lit que l'hôtel a une étoile au guide Michelin : c'est la première fois que nous dînons dans un restaurant étoilé. La carte semble à la hauteur de cette étoile : produits de qualité, saveurs a priori inhabituelles et mélanges d'ingrédients osés. En apéritif nous prenons chacun un verre de coteaux du Layon. Voici nos choix. Pour Christine :

  • crabe aux deux façons, le décortiqué à l’eau de tomate légèrement gélifiée à l’huile d’olive vanillée et la crème de crabe cappuccino,
  • coeur de ris veau au vinaigre d’agrumes et aux épices cacao, galette de pomme charlotte aux poires,
  • riz onctueux au lait et au thé Matcha, compote fraîche de rhubarbe à l’huile d’olive vanillée.

Pour moi :

  • crumble de ris de veau et foie gras, pomme verte et noisettes grillées à l’huile d’argan,
  • onglet de boeuf saisi et bien rosé, beurre café de Paris et belles grosses frites taillées au couteau,
  • craquant aux framboises, compote de framboise et son émulsion au yaourt et combawa.

Domaine de la TortinièreLa longueur des descriptions va bien aussi avec l'étoile Michelin. Christine accompagne ses plats d'un verre de vin. Le haut niveau de la cuisine se confirme, les plats sont exceptionnels et les parts suffisantes. Nous pensons n'avoir jamais goûté de cuisine aussi raffinée et élaborée. Mais tout est loin d'être parfait. Malgré une longue expérience de restaurants de tous niveaux, en France et dans de nombreux pays, c'est la première fois que nous ressentons une telle condescendance de la part du personnel (à part la serveuse), au point de subir des réflexions sur la façon de nous comporter à table ! Nous avons vraiment eu l'impression de ne pas être à notre place. Si j'ajoute qu'au moment de payer l'addition le ticket de carte Visa présentait une erreur de 10,00 € en ma défaveur c'est inadmissible dans un établissement qui met en avant son étoile au Michelin. Est-ce le fait d'avoir payé une partie de l'addition en chèques vacances ? Et alors ? Si c'est indigne, pourquoi les acceptent-ils ? Malgré l'excellent repas je quitte le restaurant un brin agacé car pour moi le contenu de l'assiette ne fait pas tout et je ne supporte pas ce genre d'ostracisme mêlé à un snobisme très déplaisant. L'agacement est de courte durée et nous considérons ce dîner comme une nouvelle expérience... à ne pas renouveler.

Nous rentrons à l'hôtel où un repas de mariage est en cours. Nous attendons la tombée de la nuit assis côte à côte dans le parc, face à la forêt et à l'horizon lointain, à écouter les bruits de la nuit naissante. Une vraie parcelle de bonheur. Puis nous regagnons notre chambre pour une fin de soirée calme, à deux...

Le petit déjeuner est servi dans la salle de restaurant, ce qui nous permet de la découvrir enfin. C'est un buffet copieux, éclectique, composé d'excellents produits, certains bio, d'autres issus directement d'une ferme. Comme à notre habitude nous profitons du buffet pendant presque quarante-cinq minutes. Puis nous allons faire nos bagages, payer et rendre la clef de la chambre. Mais ce n'est pas encore l'heure du départ : bien que la chambre soit libérée, nous avons la possibilité de profiter de la piscine autant que nous voulons ! C'est une première. Et nous ne nous faisons pas prier pour retourner passer quelques heures à faire les lézards. Nous profitons d'un gros nuage noir pour enfin quitter les lieux, presque à regret.

Avant de reprendre l'autoroute nous faisons un crochet par Montbazon pour visiter la forteresse du Xème siècle, en cours de restauration. L'entrée est payante mais nous n'avons pas assez de temps et nous renonçons à la visite intérieure. Sur la route se produit le même phénomène qu'hier : nous partons sous les nuages et arrivons à Bourges sous un beau soleil.

Domaine de la Tortinière